Tekhnetopias

Paris, le 8 Janvier 2017

Tekhnotopias

Tekhne /

τέχνη, tékhnê : « Art »

Topie /

τόπος : « lieu, endroit »

Voyageur A 62 à X, Lettre n° 94 , 30 avril 2018

«Après plusieurs kilomètres en bateau et lorsque le continent et ses constructions furent loin derrière nous, nous aperçûmes l’ile.

Elle n’avait pas de plage et son rivage semblait comme l’ultime rempart entre son centre et le reste du monde, un autre écran qui la séparait encore de nos sociétés d’alors.

Une fois franchi, il s’agissait d’un autre univers en soi où tout était nouveau, comme un idéal, diffèrent de ce que l’on connaissait.

L’architecture a demi immergée ne laissait entrevoir d’elle que ses parties hors mer permettant de rattacher ses espaces intérieurs à la lumière, et des passerelles de metal lisses rattachaient entre eux ces logis, ateliers, cuisines, champs et tout autre type de construction dont les habitants avaient besoin pour vivre .

Il n’y avait pas de style particulier, pas de couleurs, la neutralité blanche des constructions renvoyait au soleil sa lumière et les lignes épurées que formaient les édifices se perdaient dans la nature qui parfois les dévorait ou parfois se laissait dominer.

Il y avait au centre de l’ile un immense lac duquel émergeait une place couverte où les idées s’échangeaient et les pensées se confrontaient.

Elle avait des aires d’agora mais un jour par semaine celui de la fin du travail qu’ils appelaient «le jour du partage», tous se réunissaient et dansaient ensemble au son des musiciens de l’ile .

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Ce qu’ils appelaient musique n’étaient plus une abondance d’arrangements joués par des musiciens les interprétant comme dans un orchestre traditionnel.

Cet orchestre différent n’était dirigé et joué que par le seul et même musicien qui composait et interprétait en même temps, étant libre de mettre en place des combinaisons sonores irréelles, des compositions qui s’entremêlaient pendant de longs enchaînements synchronisés de percussions, de sons synthétiques et d’effets sur une rythmique régulière et répétitive.

Ils n’étaient plus la pour écouter cette musique passivement mais pour la vivre la faire résonner dans leur corps, et elle les faisait entrer dans une allégresse indescriptible.

C’était leur croyance de croire que le divin était en eux et sur Terre, et non en dehors bien qu’ils reconnaissaient au ciel son infini mystère et à la voute céleste qu’elle soit d’un bleu acier jusqu’à son noir d’encre une beauté qu’ils ne pouvaient pas entièrement expliquer.

La place agissait comme le lieu d’expérimentation, le premier lieu où leurs idées nouvelles qui prenaient la forme de grandes conférences qui les réunissaient tous, ou de plus simples discussions, d’expositions de dessins, peintures, de concert de musiques et d’expression de tous les médiums possibles tant qu’ils permettent à la pensée individuelle de s’exprimer s’exposaient au publique, le publique de l’île, avant leur retour et qu’ils l’exposent alors au reste du monde.

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Car un jour ils devraient rentrer, revenir chez eux sur les continents et essayer d’apporter leurs idées nouvelles et d’autres qu’eux prendraient alors leur propre place et vivraient ici pour cette même durée.

Les gens au levé du soleil s’affairaient à leurs tâches distinctes et retrouvaient leur «existence». La communauté ne pouvait compter que sur elle même pour sa propre survie et pour le bien commun.

Il s’agissait de cultures, d’élevages, de pompage et de toutes les taches qui permettent de produire ce dont l’homme a besoin pour pouvoir vivre et subvenir à ses besoins primaires.

Leurs après midi étaient libres, parfois ils sociabilisaient, il y’en avait qui discutaient étendues sur les rives du lac ou regardaient le ciel, et d’autres enfermés des heures durant s’affairaient à leur tache artistique ne sortant que tard une fois le noir de la nuit complet.

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Chacun était libre dans l’après midi et l’on attendait rien d’eux d’autres qu’ils pensent, créent et s’occupent à leur propre rythme, les liens sociaux se faisaient et se défaisaient mais le nombre restreint d’autochtones faisaient qu’il ne partiraient pas sans tous se connaître, sans s’être confrontés et confronter leurs pensées et leurs disciplines.

Quand je dû quitter l’ile, je revenais enfin vers ce que j’avais toujours connu.

Cette terre idéale que j’avais pu apercevoir me parut bien trop idéale peut être, mais j’avais entrouvert une porte vers quelque chose de diffèrent, je n’avais pas la solution d’une société meilleure mais j’étais enrichi d’un autre monde qui me faisait voir le mien différemment et j’étais porteur d’une nouvelle perception, que j’avais pour devoirs de transmettre sur mon continent.»

Thibaut Menant, Paris, 2015

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